jeudi 12 novembre 2009

résident


Mercredi 11 novembre. Le centre est calme. Au ralenti, presque. Des résidents jouent à la belote à l’animation. Deux femmes en fauteuil roulant sont installées en face des baies vitrées et profitent du soleil qui réchauffe un peu. L’une d’elles ne peut pas parler et comprend avec peine. L’autre tente de discuter, la sollicite, lui pose des questions, lui propose les réponses. La première hoche la tête à contretemps, tente des « oui » ou des hochements de tête. La télé, branchée en continu sur MCM, égrène des clips que personne ne regarde. On s’étonne qu’il n’y ait pas de journaux puis on se rappelle que c’est jour férié. On attend le déjeuner. On attend le film de l’après-midi. Parfois, au milieu d’une conversation sur la météo ou l’horaire de sa séance de kiné, on laisse échapper un peu de son cœur, on confie une perte de confiance, un moment de déprime, une tristesse d’être seul ou de ne pas faire de progrès. Et la cruauté involontaire de celui qui reçoit de la visite ou qui va pouvoir sortir pour le week-end. Et moi, avec mon ordinateur blanc, à ma place habituelle, que je crois que les résidents commencent à connaître. J’écris un petit texte pour le journal de l'hôpital.
À mon étage, le troisième, c’est vide. Le souffle de la ventilation m’accompagne. Le lit est étroit, je me demande comment font certains patients pour ne pas en tomber. J’ai participé à l’atelier théâtre, à l’atelier tir à l’arc, à l’atelier peinture. J’ai passé deux films qu’il me tient à cœur de faire partager, hésite encore sur celui que je dois passer cet après-midi. Mon roman avance bien, je suis content. Je dois en lire quelques extraits tout à l’heure. Je ne sais pas trop lesquels. J’ai un peu peur d’ennuyer. On verra bien.
Les échanges ont lieu en tout cas, il me semble.
Je me sens bien, ici, pour écrire. J’ai mes repères, mes connaissances. Même si je côtoie moins le personnel que les résidents, c’est vrai. Sans doute que je n’ose pas ou n’éprouve pas le besoin de voir ou de participer aux soins de ceux dont je partage le repas le soir.
Les résidents, le personnel, mes amis « à l’extérieur » me posent tous la même question : « Mais, tu écris sur le centre ? ça t’inspire ? ». Ma réponse : non. Et oui.
Je travaille sur deux projets. L’un entamé avant mon arrivée ici. L’autre qu’on me demande de produire dans le cadre de ma résidence d’écriture.
Le premier est un roman jeunesse que j’avais commencé il y a un an. Et le fait d’y travailler dans un lieu qui n’a rien à voir avec l’histoire, m’aide, oui. Sans doute que cela me permet de m’échapper plus facilement dans ma tête et d’y puiser des idées.
Le deuxième texte, son histoire est en train de naître. Elle ne se déroulera pas au CRRF, ni à Noth, ni en Creuse, mais c’est dans ces trois lieux, indiscutablement, qu’elle aura trouvé racine. Car même si les gens que je croise ici, les petites histoires que je capte au détour d’un couloir, d’une conversation, me nourrissent, tout cela ne se retrouvera pas dans un de mes textes. Pas directement, non. Mais sans doute que les émotions diverses qui m’auront traversé ici se transformeront en mots, un jour. Cachés derrière une fiction.
Mercredi 11 novembre. À mi-parcours, exactement, de ma résidence. Au tout début, assurément, de mes souvenirs ici.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

vive cette plongée délicieuse de l'écriture et de l'imaginaire... Céline.

Anne Percin a dit…

C'est bien, ce "retour sur investissement" : on comprend que tu en aies besoin. Parce que mine de rien, c'est vraiment déstabilisant ce que tu vis là...
je suis sûre que ton projet #1 va enfin sortir de sa coquille ! good luck dear.

**thomas

**thomas