lundi 26 avril 2010

Lire à Limoges 2010

Ce week-end, c'était le salon du livre de Limoges, à deux pas de chez moi. C'est bien, j'ai l'impression que c'est une autre pièce de ma maison. Une grande tente dans mon jardin avec une super bibliothèque.
Bon.
"Super", faut voir. Je sais pas si, à choisir, j'y aurais fait figurer les livres de Mélanie et Thomas de Plus belle la vie (on m'a d'ailleurs "confondu" avec lui!) et la biographie de Julie Pietri.
Comme d'habitude, je n'ai absolument pas eu le temps d'aller faire un tour au rayon "adulte" (à part pour me rendre compte de la présence de ces trois personnalités de premier ordre -sur le plan littéraire-). Mais j'ai pu y croiser Jean-Marie Périer, qui dédicaçait entre autres son Casse toi ! sur les jeunes homos rejetés par leurs familles. Et j'étais content quand je voyais passer devant mon stand une petite mamie avec un exemplaire sous le bras.


Vendredi, j'ai fait un petit tour dans trois collèges de Limoges, dans le cadre des rencontres initiées par le salon.

Le premier, c'était Maupassant. Un collège que je connais bien. Isa, Véro, c'est mes copines!
Et la classe que je rencontrais, je l'avais déjà vue en début d'année à l'occasion de De toute(s) pièce(s).
C'était agréable, bien préparé. Ils étaient très mignons avec leurs questions bien écrites sur leurs feuilles à carreaux. Mais ça n'a pas empêché la conversation d'avoir lieu. Notamment autour de la question : "Mais, bordel, il est homo, Cédric, ou pas????"
Y'en a un qui a fait valoir que Cédric prête au narrateur son short de foot. Et que c'est un acte "très intime", il a dit. Et que ce geste ne peut pas ne pas être intentionnel. Mais est-il amoureux de Vincent? troublé? a-t-il simplement envie de lui faire plaisir? de lui plaire?

En ligne, le livre virtuel que les élèves ont écrit. C'est ICI.

Ensuite, c'était Donzelot. Là, aussi, c'était super. Des 5ème, qui avaient plus lu Je n'ai plus dix ans que Qui suis-je?. Mais, là aussi, l'homosexualité a tenu une grande place. Je me suis gentiment "acharné" sur un garçon qui, au tout début, a fait montre de dégoût quand on a évoqué la possibilité d'un amour entre deux garçons. J'ai pu m'appuyer sur lui pour leur expliquer pourquoi j'avais, pour ma part, tant tardé à "assumer", de peur, en partie, d'avoir à affronter des réactions comme les siennes.
Il l'a pris en rigolant, un petit peu honteux.
Il y avait aussi cet élève qui m'a confié sans honte qu'il déteste les livres comme les miens. Qu'il s'est ennuyé au bout de deux pages. Ensuite, on a parlé mangas.

Et enfin, Calmette. Là aussi, en terrain connu. J'y avais fait un passage il y a deux ans dans le cadre du salon, déjà, et dans le cadre de Lire en fête.
Face à moi, une classe de 4ème dite "difficile".
C'est quoi, difficile?
C'est "ZUP", "familles défavorisées", "échec scolaire" et "inattention".
Mais c'est aussi" "énergie", "humour ravageur", "contact facile" et surtout "honnêteté".
Ils avaient travaillé sur Qui suis-je?. Certains avaient réussi à le lire en entier. Mais tous avaient travaillé avec leur professeur à l'élaboration d'un texte qu'ils m'ont lu, en introduction.
Je pense que leur professeur ne m'en voudra pas si je le reproduis ici.



Il y a moi, Vincent, adolescent.
Ce pourrait être toi…
Ou moi,
Nous… (tout le monde le dit en choeur)

Mal dans ma peau,
J’me sens pas beau.

Cours de sport,
L’horreur, la honte…
Je décompte
Les heures…

Myriam est là pour moi.
Aziz aussi.

J’sais pas très bien ce que je fais ici

Tout le monde regarde Christophe,
Moi seul regarde par terre.

Un nouveau,
Cédric Martineau.

Malaise,
Mal à l’aise.

Tristesse.
Questions…

La crise d’adolescence
Ça commence
Je crois

Je ne sais plus très bien
J’suis une endive
Pâle, maladive

Des vannes
Vague à l’âme

ça déraille…

On m’évite.
Mes notes chutent.

Je ne comprends rien à ce qui m’arrive

Aziz est de moins en moins là.
Myriam ne sait pas…

OK, j’crois que j’ai compris
La réalité s’impose à moi :
J’suis amoureux de Cédric Martineau

« Il me déchire le cœur et après me détruit la tête »

L’objet de mon amour…

La raison de ma torture…

Homo, c’est quoi ce « gros mot ? »

C’est pas pareil

Enfin si, c’est pareil
Pas complètement
Malheureusement…
Pour moi, c’est pareil,
Mais pour les autres, je sens bien que ce sera différent
Et ça m’angoisse terriblement


Tout le monde…

Moi seul…

J’éclate en sanglots dans mon oreiller

On s’reverra plus

Il sort pour toujours

Il m’a crevé le cœur à jamais.

Et je vis encore…




Évidemment, j'ai falli versé ma petite larme.
Qui s'est ravalée bien vite puisqu'ils m'ont bombardé de questions dont une des premières à été : "Êtes-vous homo?".
La question, qui , d'habitude, fait surface en milieu de séance.
Donc, comme d'habitude, je réponds que oui. Je développe.
Et là, bien sûr, un tombereau de clichés, de méconnaissances, de peurs, de craintes (donc la principale : "Mais, quand même, un jour vous allez bien coucher avec une femme!")
Quand je demande à un ado ce qu'il ferait si son meilleur pote lui annonçait qu'il était homo ou qu'il l'aimait, il me répond qu'il lui demanderait d'abord s'il rigole et que si c'est pas le cas, il lui foutrait son poing de la gueule. Et quand j'ai demandé comment ce meilleur pote se sentirait si tout le monde réagissait comme ça, après avoir fait remarqué qu'il aurait une tête toute pourrie défoncée, certains ont admis qu'il se sentirait peut-être un peu rejeté.
Je me suis aussi un peu lâché, quand ils refusaient d'admettre que de l'amour pouvait exister entre deux personnes de même sexe. Quand ils ne voyaient que "sexuel" dans "homosexuel" (ceci dit, certains ne savaient pas ce que veut dire "hétérosexuel"). Je leur ai demandé pourquoi quand on imagine un homme et une femme amoureux, on les voit gambadant dans la forêt en se tenant par la main avec des petits oiseaux autour et quand c'est deux homos, "on les imagine s'enculant dans un bosquet ou dans une backroom".
Bon. Je suis devenu tout rouge.
Aussi quand il y en a un qui m'a demandé (comme au collège précédent), pourquoi j'avais tardé à me révéler homo, je lui ai répondu que j'avais perdu 10 ans de ma vie à cause de mecs comme son copain qui vient de dire qu'il préfèrerait mettre un coup de poing dans la gueule de son meilleur pote homo plutôt que de continuer à le côtoyer.
Bref bref.
Mais tout ça dans la bonne humeur, finalement.
J'ai essayé de faire le rapprochement avec le sexisme, le racisme. Qu'imaginer, quand on croise un homo, qu'il va forcément essayer de vous faire ramasser une savonnette, c'est comme imaginer que tous les arabes sont musulmans ou terroristes.
C'était pas une mince affaire.

En partant, j'ai vraiment eu l'impression d'être une sorte d'Abbé Pierre, avec un bâton de pèlerin, à essayer d'avance contre une tempête déchaînée.

Mais j'ai obtenu une petite victoire.
Heureusement, quand on évoquait le baiser entre Cédric et Vincent (hurlements et bruits de vomi), il y en a deux, tout près de moi, un garçon et une fille, des looks comme les autres, qui ont dit "Bah c'est normal."
Alors, moi : "Hein? quoi?? quoi? Qu'est-ce que t'as dit??"
Lui : "Bah si ils s'aiment ils s'embrassent, c'est normal"
Elle : "Bah oué."
Des répliques accompagnées d'une moue boudeuse et d'un haussement d'épaules.
Et pas une moquerie contre eux de la part des autres.
ça m'a presque fait oublier l'intervention d'une autre fille qui disait que si son meilleur ami était homo, elle ne voudrait plus jamais le voir.

Des rencontres comme ça, j'en veux encore, même si c'est épuisant!




Et ensuite, c'était dédicace tout le samedi et une partie du dimanche (quand je n'étais pas à La Marmaille pour jouer....)
Du monde, des rencontres sympas.
Surtout dimanche soir, à 1h de la fermeture, un ado de 12 ans très soucieux devant la table des romans de l'Ecole des Loisirs, ne sachant pas quoi choisir. Et puis il a pris Qui suis-je?. C'est bien le première fois que ce n'est pas une fille ou une maman qui l'achète. Du coup, comme il m'a dit qu'il adorait lire, j'ai fait mon Bernard Pivot et je lui ai conseillé plein d'autres livres.
Et aussi, une maman et son fils. En me tendant le livre pour que je le dédicace, elle me demande:
"C'est sur l'homosexualité?"
Moi: "Euh... oui. C'est sur la découverte de l'amour. Et de l'homosexualité.... C'est un problème?"
Elle: "Ah non, pas du tout. C'était comme ça, pour savoir."
Moi : "Très bien, alors"
Elle : "Mon fils a 12 ans et il est un peu atypique, différent. Alors cette question, Qui suis-je?, ça lui va bien."

J'ai failli l'embrasser, cette maman.
Sur la bouche

vendredi 16 avril 2010

chez les mouettes




Sur la couverture de Je n'ai plus dix ans, Alan Mets a dessiné des mouettes. C'est donc sans doute très narcissique, mais dès que j'en entends une, je vois ce dessin se former devant mes yeux.
Hier, j'étais à Dieppe, à la scène nationale, pour un atelier de 5 heures avec des enfants-pré-ados, qui viendront dans 15 jours voir L'oeil de l'ornithorynque. Les mouettes volaient autour de la salle et je me sentais donc comme chez moi.
Un atelier de 5h, donc, autour du théâtre et de l'écriture. Gasp! Si j'ai une petite expérience en ateliers théâtre, je n'en avais encore jamais mené en écriture... "Ah oui! c'est vrai, je suis auteur..." me suis-je dit pour me donner du courage.
J'ai imaginé des petits exercices, censé aider à accoucher de mots, puis de phrases, puis de petites histoires, j'ai assemblé tout ça avec des jeux théâtraux et j'ai pris mes trains pour Dieppe.



Un groupe de 10 enfants + 4 accompagnatrices m'attendaient. En fait, 3 groupes en 1. De centres différents. D'âge très différents : du CM1 à la 4e.



Et alors, franchement, vraiment -sinon, je n'en ferai pas un post-, ils étaient tous super! Tous. Mathilde, Timothy, Nicolas, Maxime, Laura, Elodie, Chloé, Océane et les autres, et les accompagnatrices. Après un petit échauffement pour les faire sortir de leurs corps et hop! c'était parti. On n'a fait que la moitié des exercices prévus et on a produit des jolies choses, on s'est bien marré, on a passé le temps à faire autre chose que compter les mouettes.
Alors merci. Et, bien sûr, merci à Jessie, de DSN, qui a eu l'idée de tout cela.

**thomas

**thomas