jeudi 21 avril 2011

madeleine de prout

Mardi dernier, j'ai joué deux représentations scolaires (pour des classes de 5ème) de "Tout contre Léo" à Commercy, programmé par l'OMA (association gérant la programmation culturelle de la ville).
Voilà le mail que j'ai envoyé aux professeurs qui accompagnaient les élèves :



Cher (?) personnel encadrant du collège de Commercy

Je viens juste de rentrer chez moi, abasourdi par ce que je viens de vivre chez vous. Dans cette salle des Tilleuls, qui a l’avantage pour vous d’être aussi la vôtre, puisque j’ai bien compris que c’est une sorte d’annexe du collège.

Mais tout d’abord, je tenais encore une fois à vous dire que vos élèves avaient été parfaits. Attentifs, dans le spectacle et m’accompagnant, accompagnant Marcel dans cette histoire.

« Parfait », on ne peut pas en dire autant de votre attitude, qui m’a profondément désolé.

Vous avez semblé oublier que vous étiez dans une salle de théâtre, et non dans une salle de permanence ou une salle de classe.
- Or, dans une salle de théâtre, on n’entre pas comme ça, sans prévenir, sans frapper.
Comme cette professeur qui a surgi cinq minutes avant l’entrée du public du matin, à la recherche d’une poubelle avec à peine un regard pour nous.
- On n’envisage pas d’entrer dans une salle de théâtre afin d’assister à une demi-représentation.
Comme ces deux professeurs que ma régisseuse –heureusement avant que le spectacle ne commence !- a dû convaincre d’abandonner leur projet de venir se faire remplacer par deux autres en plein milieu de la représentation parce qu’elles avaient cours avec une autre classe. Et en fait de les convaincre, elle s’est surtout heurtée au mur de la principale adjointe, qui n’avait pas imaginé dégager un créneau de deux heures pour les élèves et les accompagnants afin que tous puissent assister dans de bonnes conditions à la représentation et au dialogue qui s’en suivait. À cause de cette histoire, 80 ados ont attendu 20 minutes dans la salle, commençaient à s’échauffer d’impatience, face à moi qui me demandais comment j’arriverais à les « récupérer », comment ils allaient réussir à se calmer pendant la représentation.
- Dans une salle de théâtre, on regarde ce qui se passe sur scène. On ne lit pas.
Comme cette accompagnante, très discrète en plein milieu du premier rang, qui lisait je ne sais quoi sur des feuilles A4 blanches, de manière ostentatoire.
- On n’entre ni ne sort pas à volonté, dans une salle de théâtre.
Comme cette dame qui accompagnait l’ado handicapé, qu’elle a sorti aux trois-quarts du spectacle et qui est revenue, dix minutes après, inondant par la même la scène de la lumière du jour, faisant tourner toutes les têtes des spectateurs vers elle et rajoutant à sa bêtise d’être revenue celle de faire un coucou à sa collègue en agitant la main. Oui, sous mon nez : elle se retourne vers la femme-lectrice et lui fait un grand signe, accompagné d’un grand sourire ! À 30 centimètres de moi, sous ma barbe, près de mon tabouret et de ma chaleur, de mes larmes et de ma sueur. Elle m’ignore, ignore le spectacle, ignore les spectateurs.
- Au théâtre, ce ne sont pas les spectateurs qui décident de l’heure de la représentation. Comme ce qui s’est passé l’après-midi : nous sommes prêts à 14h45 pour commencer à 15h mais nous devons attendre la sonnerie de l’inter-cours, et le spectacle commence avec vingt minutes de retard.
- Dans une salle de théâtre, ce ne sont pas les spectateurs qui font la loi.
Comme ces professeurs qui hurlent sur leurs élèves pour les calmer et tenter une initiation tardive à la représentation théâtrale.

On le répète sans cesse aux enfants, aux ados : "le comédien qui est devant vous est vivant, en chair et en os". Or, cette fois-ci, ce sont les adultes qui l’ont oublié. J’étais là, en vrai. J’ai tout vu, tout ressenti. Et ce n’était absolument pas les conditions requises pour jouer ce spectacle.


Ils sont biens, vos élèves. Car la qualité d’écoute et d’attention lors des deux représentations a été incroyable. Parce qu’avec toutes les bourdes que vous avez accumulées, les mauvais exemples que vous leur avez fournis, j’en connais certains qui auraient pourri la représentation pour moins que ça.
Oui, ils sont chouettes. Ils sont remuants, ils sentent les hormones et la transpiration, ils n’arrivent pas à se regarder dans les yeux, ils beuglent et ils râlent, ils remuglent mais ils sont fins, respectueux et ouverts d’esprit.
Merci à eux, donc.

Et à vous ? Merci ?
Merci de ne pas savoir parler à vos élèves ? Merci de ne pas les avoir préparés avant? Merci de ne pas les avoir aidés à rentrer dans la représentation en adoptant une attitude exemplaire ? Merci de ne pas vous être aperçu(e)(s) que vous, les professeurs, étiez des spectateurs comme les autres, comme les élèves ? Que vous n’étiez pas dans la salle des Tilleuls « la-salle-de-conférence-de-vidéoprojection-d’atelier-théâtre-du-collège » mais dans la salle des Tilleuls « Le Théâtre » ? Que ce n’était pas vous qui deviez accueillir mais que VOUS étiez accueillis ?

J’ai l’air de donner des leçons ? Ah oui, tiens, c’est vrai. Je donne des leçons.
J’en ai fait des représentations scolaires. Des dissipées, des magiques, des fatiguées, des pressées, des oubliées, des passables et des géniales.
Mais des comme ça, jamais. Des entrées public comme ça ? Jamais. Des rencontres comme ça où les professeurs ne laissent pas les élèves s’exprimer ? Jamais.

Je ne suis pas Ronald McDonald ou Quickie. Je ne viens pas faire une animation dans une salle de votre collège devant des professeurs qui ne savent pas ce qu’ils viennent voir et qui, de toute façon, envisagent de partir avant la fin. Je suis payé pour venir à Commercy, dans un théâtre, jouer un spectacle que nous avons mis 1 an à imaginer, 2 mois à répéter, et que nous tournons depuis 2 ans et qu’il me tient énormément à cœur de jouer devant un public jeune. Je suis venu pour faire mon métier de comédien, pas celui de distributeur automatique de détente. Je suis venu jouer un spectacle fragile, qui demande un effort d’imagination –et, vous le savez mieux que quiconque, l’imagination d’un ado est de moins en moins sollicitée-, un spectacle qui défend l’idée que les jeunes hommes et jeunes femmes sont des êtres comme les autres, à qui l’on doit le respect et la parole vraie.

Et, grâce à eux, grâce à vos élèves, vos ados, il s’est passé quelque chose pendant ces deux représentations. Il s’est passé quelque chose. Leurs 2 fois 80 yeux étaient braqués sur P’tit Marcel, leurs 2 fois 80 oreilles étaient tendues pour connaître la fin de Léo et leurs 80 bouches riaient, s’émouvaient et s’étonnaient dans un aller-retour respectueux entre eux et moi. Et ce n’était à l’évidence pas grâce à vous.

Au lieu de les traiter de fauves ou de plantes carnivores de la savane, vous feriez mieux d’en prendre de la graine.


Thomas Gornet



PS : et un grand merci à Jean-Louis Pirlot, amoureux du théâtre et de l’enseignement, qui, quasiment seul, se démène pour apporter culture et imaginaire aux habitants de Commercy.

mercredi 20 avril 2011

c'est vieux mais c'est encore de saison

En février dernier, je suis allé jouer TOUT CONTRE LEO au Théâtre de Poche de Hédé (35) et à cette occasion, j'ai été interviewé sur RCF Rennes.
Voili voilà...


Interview Thomas Gornet RCF Rennes par thegooddalecooper

**thomas

**thomas