mardi 30 décembre 2014

Bien situé

A l'initiative du Fracas-CDN de Montluçon, j'ai participé, en tant qu'auteur, à In Situ (projet itinérant pour et dans un lieu) au Lycée Paul Constans de Montluçon, du 14 au 19 décembre dernier.

La metteur en scène associée au projet était Nathalie Garraud, co-directrice artistique de la Cie Du zieu.
Il y avait aussi :
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Gaël Guillet, comédien
Laëtitia Le Mesle, comédienne *
Camille Lorin, vidéaste
Isabelle Monier-Esquis, comédienne
Cécile Vitrant, comédienne *

* acteursfracas, troupe permanente du Fracas-CDN de Montluçon

Notre projet, résumé par Nathalie, c'était ça :
« L’idée serait d’utiliser le lycée comme terrain d’enquête et d’y mener pendant quelques jours des interviews (avec des lycéens, des personnels de l’administration, des profs…) puis d’utiliser ensuite la matière récoltée pour une restitution publique, et aussi potentiellement un  film.
J’ai l’idée que les interviews puissent être menées par tous les membres de notre équipe et toute la journée (en relais) dans trois ou quatre lieux spécifiques que nous installerions pour la semaine. Ces lieux d’interviews seraient repérés et repérables, par les élèves ou les personnels du lycée qui pourraient y venir quand ils veulent ou peuvent. Chacun des lieux pourrait proposer un dispositif d’interviews différentes (avec captation vidéo ou sonore, ou interview par écrit, etc.) »

De grandes questions étaient aposées dans tout le lycée, suscitant la curiosité des élèves et des adultes et parfois même, dans le cas des adultes, une petite réticence.

©Hélène Langard

Au final, j'ai écrit deux textes, bientôt disponibles, comme le montage d'une vingtaine de minutes d'interviews, sur le Blog du Fracas.
En attendant, voici l'un d'entre eux. Inspiré des questions que nous avons réellement posées puis qui dérive vers des questions imaginaires...

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- Vous souvenez-vous de l’âge auquel vous êtes tombé amoureux pour la première fois?
- Combien de personnes pensez-vous pouvoir aimer tout au long de votre vie?
- Combien de personnes peut-on aimer à la fois ?
- Y a-t-il des gens que vous vous sentez obligé d’aimer ?
- Est-ce que vous êtes amoureux ?
- Est-ce que celui ou celle que vous aimez vous ressemble ?
- Est-ce que vous croyez que l'amour rend aveugle ?
- Comment êtes-vous quand vous êtes amoureux ?
- Est-ce que l’amour est essentiel dans votre existence ?                
- Pouvez-vous dire une chose que vous feriez uniquement par amour ?
- Pouvez-vous dire une chose que vous ne feriez même pas par amour ?
- Est-ce que ça vous rassure d’être amoureux ?
- Est-ce que ça vous effraie ?
- Est-ce qu’on perd quelque chose quand on aime ?
- Est-ce que vous pensez que votre vie amoureuse ressemble à celle de vos parents ?
- Êtes-vous jaloux ?
- Avez-vous déjà été injuste envers quelqu’un ?
- Avez-vous déjà subi une injustice ?
- Est-ce qu’être juste, c’est simplement appliquer la loi ?
- Existe-t-il une justice sans lois?
- Une loi peut-elle être injuste ?
- La justice est-elle la même pour tous ?
- Vous êtes-vous déjà rêvé en justicier ?
- Pourquoi la justice est-elle souvent représentée par une balance ?
- De quel droit les juges nous jugent-ils ?
- Est-ce qu’il est inévitable qu’il y ait des riches et des pauvres ?
- Est-ce qu’il est juste qu’il y ait des riches et des pauvres ?
- Est-ce que vous pensez que la vérité est toujours bonne à dire ?
- Est-ce que vous mentez ?
- Qu'est-ce qui change physiquement chez vous quand vous mentez ?
- Avez-vous déjà pris du plaisir à mentir ?
- Est-ce que vous pensez que plus on a du pouvoir plus on ment, ou l’inverse ?
- Est-ce que vous pensez qu’on ment plus quand on est jeune ou quand on est vieux ?
- Quel est pour vous l’un des plus grands mensonges de l’histoire ?
- Trouvez-vous que ce soit lâche de mentir ?
- Est-ce que vos parents / vos enfants vous ont déjà menti ?
- Faut-il du talent pour bien mentir?
- Pourquoi préfère-t-on être beau que laid ?
- La beauté est-elle la même pour tous ?
- Qu’est-ce qui peut rendre beau ?
- Qu’est-ce qui peut rendre laid ?
- A quoi ressemblent les gens que vous trouvez beaux ?
- Quelle est la chose la plus belle pour vous ?
- Y-a-t-il une chose que vous êtes seul à trouver belle ?
- Est-ce qu’on peut finir par trouver une chose belle parce que tout le monde dit qu’elle est belle ? 
- Est-ce que le commerce pervertit la beauté ?
- La beauté est-elle périssable ?
- Quelle est la chose la plus laide pour vous ?
- Pour vous, qu'est-ce qui est beau dans ce lycée ?
- Est-ce que vous êtes libre ?
- Comment savez vous que vous êtes libre ?
- Qu’est-ce qui vous empêche d’être libre ?
- Qu’est-ce qui vous permet d’être libre ?
- Est-ce que vous empêchez d’autres gens d’être libres ?
- Des prisons surpeuplées, est-ce que c'est juste ?
- Quelle est la chose dont on vous prive qui porte le plus atteinte à votre liberté ?
- Vous sentez-vous libre de vous habiller comme vous voulez ?
- Vous trouvez-vous beau ?
- Que trouvez-vous beau en vous ?
- Que trouvez-vous laid en vous ?
- Vous interdisez-vous de détester une personne qui vous ressemble ?
- Est-ce facile de penser librement, par soi-même et sans influence ?
- Etes-vous toujours libre de dire ce que vous pensez ?
- La liberté d'expression peut-elle être sans limite ?
- Ne devriez-vous pas arrêter de vous sentir libre de parler quand bon vous semble?
- Obéir est-ce renoncer à sa liberté ?
- Peut-on être libre et vivre en société ?
- Est-on obligé d’être libre ?
- Est-ce que vous aimez danser ?
- Si vous, vous deviez faire une statue de la liberté, elle serait comment ?
- Dans un pays libre, est-ce normal d'avoir une carte d'identité ?
- Qu’est-ce qu’une frontière ?
©Hélène Langard
- Est-ce que vous aimez repousser les limites de votre intelligence?
- Est-ce que votre pensée est plus riche que vos paroles?
- La parole est-elle épuisable ?
- La parole est-elle épuisante ?
- Est-ce qu’une petite question doit être posée par une petite personne ?
- Est-ce qu’une grande question doit être écrite plus grosse qu’une petite ?
- Est-ce qu'une question sur un mur est plus dangereuse qu'un ficus un plastique dans un hall ?
- Est-ce qu’une question peinte sur du papier kraft a plus de valeur qu’une interrogation écrite sur papier quadrillé ?
- De quel droit les artistes créent?
- De quel droit les artistes s’intéressent aux spectateurs, ou pas ?
- De quel droit les spectateurs ne s’intéressent pas aux artistes, ou l’inverse ?
- Est-on obligé d’être libre d’aimer l’art ?
- Est-il utile de se poser cette question ?
- Faut-il se poser des questions ?
- Faut-il poser des questions ?
- Pourquoi poser une question dont on connaît déjà la réponse ?
- Faut-il prendre en compte une réponse qui ne répond pas à la question ?
- Est-il possible qu’une réponse devienne une question ?
- Une réponse peut-elle se cacher dans une question ?
- Une réponse peut-elle répondre à une réponse ?
- Une réponse peut-elle exister sans question ?
- Une question-réponse se questionne ou se répond ?
- La question de la réponse se questionne-t-elle ?
- Une question laissée sans réponse s’épuise-t-elle ?
- Une réponse abandonnée par sa question meurt-elle ?



mardi 28 octobre 2014

Mercredi c'est sport chez vous?

Amis organisateurs-tirces de salons du livre, bibliothécaires, directeurs-trices de théâtre et centre culturel en tout genre, n'hésitez pas à faire venir ce petit bijou !

Mercredi C'est Sport - Méli Mélo Compagnie from meli melo on Vimeo.

lundi 28 juillet 2014

Anti-sexistes contre anti-sexistes

Le jour du slip/Je porte la culotte refait parler de lui !
Pas sur le blog de Christine B., ni sur celui de Civitas ou de Marine Le P.
Non.
Sur La mare aux mots, un chouette blog culturel dont la cible principale est : les "anti-genres", les sexistes, les machos et autre homophobes...

Je vous laisse découvrir le passionnant débat qui s'en suit
Il suffit de cliquer ICI .


mardi 17 juin 2014

ouvrir les yeux


Voilà une lettre que j'ai adressée des élèves quatrième qui ont vu Chercher le garçon, cette saison.
Trois classes que j'ai rencontrées en amont et qui sont ensuite venues voir le spectacle, avec leurs deux professeurs de français. Des héroïnes. Elles savent pourquoi.

 (un résumé de l'épisode précédent ICI)




Bonjour à tous

Et merci pour vos lettres écrites après que vous ayez vu "Chercher le garçon".
Merci aussi pour les belles enveloppes, pour ceux qui ont le temps de le faire!
J'aurais vraiment aimé pouvoir revenir dans votre classe et que nous puissions échanger, sur la base de tout ce que vous m'avez dit dans vos lettres, mais le temps nous manque...
J'aurais également aimé vous répondre individuellement mais cela ne va pas m'être possible d'ici à vendredi donc je vous livre ici mes réponses générales :

* C'était une volonté de ma part (et la metteur en scène, Marie Blondel, a été d'accord avec moi) que ce soit la même comédienne qui incarne les trois femmes. Je voulais que cela se voie. C'est pour ça qu'elle n'a pas de perruque ou d'accessoire ou de costume différent selon les rôles. Je voulais qu'elle représente le rôle de l'Adulte en général. Et, ici, en l'occurrence, de la femme. Des trois visages de la Femme. La mère, l'amante et l'autorité. Je voulais également que la pièce soit resserrée autour des deux personnages masculins et de leur jeunesse. S'il y avait eu deux adultes en plus, cela aurait moins marché, je pense. Et je me disais que si c'était la même comédienne qui faisait tous les personnages féminins, il y aurait quelque chose d'étrange qui accentuerait le côté "rêve" de l'ensemble (car tout se passe peut-être dans la tête de Tom, non?)

En revanche, la metteur en scène avait demandé à la comédienne de trouver des toutes petites attitudes qui pouvaient donner des indices sur les rôles. Par exemple, quand elle joue la fleuriste, elle a souvent la main sur la taille ou une main dans la poche. Quand elle joue la mère, elle est dans un rythme corporel plus lent, car elle est fatiguée du fait de son travail de nuit.
Mais cela reste toujours un peu étrange au début et on aime bien que les spectateurs se posent des questions pendant la pièce. Cela les force à rester actifs et à ne pas s'endormir comme devant la télé.

* Pour le décor, c'est à peu près la même chose. On aime bien que chaque spectateur s'invente son décor. Et, franchement, est ce qu'on a besoin d'une cuisinière pour comprendre qu'on est dans une cuisine? Est ce que même c'est important qu'on sache qu'on est dans une cuisine quand Tony et sa mère se parlent?
Et puis, ce qui est chouette, c'est que certains d'entre vous ont vu une tente, un champ de tir, une prison, une maison, et même une plage!
Ne pas mettre de décor "évident", cela permet également, encore une fois, de resserrer l'attention sur les personnages. Il n'y a rien de superflu...

Pourquoi des grilles, des fils bleus, des tonneaux? Sans doute pour donner un côté un peu maritime à l'ensemble puisque la pièce se passe au bord de la mer. Sans doute aussi pour donner une impression un peu industrielle, puisqu'une partie se passe dans un entrepôt ou dans un local chaudière. Les grilles permettent également de faire des ombres avec les lumières. Quand elles commencent à bouger, elles peuvent aussi signifier tout simplement un mur ou une grille de prison (on se demande si Tom n'est pas face à une policière au début)
Ces grilles sont au départ en l'air. Elles ne bougent pas. C'est comme si tout allait bien. Puis, quand les personnages décident de bouger, d'aller de l'autre côté de la mer,  les grilles aussi se mettent à bouger. Parfois elles manquent d'écraser Tom, qui, sans doute, ressent le poids de son mensonge et ses conséquences (il n'a pas 20 mais 17 ans, il ne veut pas spécialement aller en Angleterre, il n'est pas sur les routes depuis très longtemps.... Mais il a menti pour en mettre plein la vue à Tony et n'a pas réussi à faire machine arrière quand il a vu que Tony le prenait au sérieux. Peut être aussi qu'il a vu que Tony avait vraiment besoin de partir d'ici, persécuté qu'il était par Kaï, le garçon dont Tony était amoureux et qui maintenant, par honte d'avoir couché avec lui, lui mène la vie dure)

* Vous m'avez beaucoup parlé du son, de la musique. Certains ne les ont pas aimés car ils les ont trouvés trop tristes, trop sombres. Et d'autres les ont beaucoup appréciés, pour les mêmes raisons. Comme me l'a écrit l'un-e d'entre vous, les bruitages étaient là pour rendre compte des émotions des personnages, oui.

* Concernant le texte, certains me disent que le texte est vulgaire, voire choquant, sans doute pour faire réagir les spectateurs. Et certains me signalent qu'il y a d'autres moyens pédagogiques de faire réagir les spectateurs. Mais je crois qu'il y a là un malentendu. Je n'ai pas écrit une pièce "pédagogique". Je ne suis pas professeur. Je n'ai pas voulu vous interpeler sur votre manière de parler et que vous vous mettiez, grâce à moi, à parler mieux! Mon seul souci, c'était que les dialogues sonnent juste et vrai, pour ces personnages. J'ai beaucoup travaillé pour cela. Et je suis content qu'ils aient touchés la plupart d'entre vous.
Certains ont apprécié que la pièce soit triste et amusante en même temps. C'est exactement ce que je voulais faire. Je pense qu'une chose est encore plus triste si elle est à côté de quelque chose de drôle et inversement.

* C'est Marie, la metteur en scène, qui m'a suggéré d'appeler la pièce "Chercher le garçon", après avoir entendu la chanson "Cherchez le garçon" de Taxi Girl. Elle trouvait que cette expression correspondait bien à l'histoire.


* Deux d'entre vous me demandent à quoi ou à qui je pensais en écrivant la pièce et comment j'ai eu l'idée de l'écrire et si j'ai eu des difficultés.
Je ne me suis inspiré d'aucun faits réels. Cette histoire ne m'est pas arrivée. Ni à quelqu'un que je connais. J'étais à Dieppe, dans une ville en bord de mer en Normandie et je voyais des jeunes s'ennuyer. Et je me suis demandé ce qu'ils avaient dans la tête. Est-ce qu'ils étaient heureux, dans cette ville? Est-ce qu'ils rêvaient d'ailleurs? C'est comme ça que cette histoire est née. J'ai ensuite imaginé les deux personnages comme deux opposés "a priori". Comme deux aimants contraires qui s'attirent. Et, oui, j'ai eu des difficultés, car j'ai mis beaucoup de temps à réussir à assembler toutes les scènes que j'avais écrites. Et aussi pour que la progression de l'histoire soit la plus juste possible.

* La fin. Tony s'est il suicidé? L'a-t-on poussé à l'eau?
Si vous n'avez pas su pourquoi, c'est normal. J'ai fait exprès de laisser la fin ouverte. Et d'après tout ce que vous avez vu avant, les deux hypothèses sont valables, non?
Tom pense que c'est sans doute Kaï qui a poussé Tony. C'est ce qu'il dit à la psy.
Nous ne savons pas d'ailleurs vraiment si Tony est mort. Juste que les pompiers sont venus
On le voit revenir trempé, dans une lumière blanche. Ne vous a-t-il pas fait pensé à un ange? Peut être que cette dernière scène se déroule dans la tête de Tom, rongé par la culpabilité?

* Parlons maintenant de ce qui fait que certains d'entre vous n'ont pas voulu venir.

Concernant la scène d'amour entre Tom et Tony. Tout d'abord je tiens à préciser qu'elle n'est pas entre Tom et Tony mais entre Tony et Tom qui joue Kaï. Kaï, le garçon dont Tony est amoureux et avec qui il a eu une très courte histoire d'amour et surtout avec qui il a connu son premier rapport amoureux et sexuel. Tom, lassé de voir son ami Tony malheureux et surtout silencieux à propos de ce qui lui fait mal, lui propose une sorte de jeu de rôles pour l'aider à sortir cette histoire de lui-même. Mais quand Tony se prête au jeu et revit le début de la scène d'amour entre lui et Kaï, Tom veut faire machine arrière et se met à insulter Tony, de manière extrêmement véhémente. Tony avoue alors que c'est exactement comme ça qu'a agit Kaï après avoir couché avec lui. À votre avis, pourquoi Kaï a-t-il insulté le garçon, Tony, dont il était amoureux et avec qui il commençait une histoire d'amour? Pourquoi Kaï s'est il mis à violenter Tony dans les couloirs du lycée?
C'est ces questions que j'aimerais que les spectateurs se posent

Je ne suis pas fou. Je savais qu'en écrivant cette scène, nous allions susciter des réactions parmi le public, et plus particulièrement parmi le public "jeune". Pourquoi, à votre avis? Pourquoi cette scène entre Tom et Tony vous fait elle plus réagir que celle entre Tom et la fleuriste? Mon avis, c'est que ce n'est qu'une histoire d'habitude. On ne voit que très rarement des personnes de même sexe s'aimer. Et c'est pour ça que dans mes livres ou dans mes pièces, j'invente souvent des personnages homosexuels. Pour que vous sachiez que cela existe, que c'est normal, naturel (au sens "existe dans la nature"), et pas plus dégueulasse ou choquant qu'un amour hétéro. Car on a peur de ou on est dégouté par ce qu'on ne connaît pas ou peu. Si l'un-e des jeunes spectateur-trice est homo ou le sera, je pense qu'il-elle sera heureux-reuse de voir cette pièce. Et pour les autres, cela les aidera, je l'espère, à mieux accepter leurs ami-e-s homos.

Je pense à ceux d'entre vous qui m'ont écrit qu'ils n'ont pas aimé la pièce car, je cite, "je suis contre l'homosexualité.". Mais, en fait, pardon, mais être "pour" ou "contre" est absurde, à mon sens. C'est comme si on était pour ou contre "respirer". Qu'on le veuille ou non, on respire. Qu'on le veuille ou non, l'homosexualité existe. Elle n'est sans doute pas très répandue (peut-être aussi que beaucoup se cachent, de peur d'entendre des gens dire "je suis contre l'homosexualité") mais elle existe.
D'autres, même, me parlent du "mariage gay", en me disant qu'ils sont contre et que c'est pour ça, aussi, qu'ils n'ont pas aimé la pièce. A eux, je leur réponds qu'ils mélangent un peu tout. Car ma pièce ne parle absolument pas de cela.

Enfin, dans ma pièce, je voulais montrer qu'un hétéro et un homo pouvaient très bien être extrêmement amis sans qu'il y ait la moindre ambiguïté entre eux. A un moment, d'ailleurs, Tom taquine Tony à ce sujet, en faisaient une allusion du genre "tu dois me trouver super beau" et Tony lui répond que c'est pas parce qu'il est homo qu'il a envie de coucher avec tous les garçons qu'il rencontre. Un hétéro a-t-il envie de coucher avec toutes les filles qu'il rencontre?
Tom est hétéro. Tony homo. Et ils sont amis à la vie à la mort. C'est tout.

* Voici quelques phrases extraites de vos lettres. Des pensées que je trouvais intéressant de partager avec tous.

"L'histoire m'a plu car c'est une histoire de jeune comme nous"

"J'ai bien aimé votre pièce parce qu'elle fait allusion aux différentes difficultés qu'un adolescent peut rencontrer : le rejet, les différences et les préférences amoureuses et sexuelles"

"J'aimerais dire à Pierre Bidard et Nicolas Dupont qu'ils jouent extrêmement bien pour leurs âges"

"Les acteurs sont beaux, j'ai bien aimé quand Tom a enlevé son t-shirt"

"J'ai tout simplement adoré le jeu des personnages, le ressenti des comédiens dans la tragédie. Ils incarnaient leur personnalité comme si c'était leur quotidien"

"Les symboles montrant que Rama Grinberg jouait un autre personnage étaient agréables"

"La femme quand elle a joué ses trois rôles, on a bien vu les différences de voix qu'elle avait"

"Le suicide de Tony est dommage même si la scène est bien jouée"

"J'ai trouvé que la scène où Tom imitait Kaï était un peu déplacée car il jouait une scène d'amour entre deux hommes"

"J'ai bien aimé cette pièce car être rejeté, harcelé par les autres parce qu'on est différent est une chose qui peut arriver à tout le monde"

"Il y a aussi beaucoup de suspens comme quand Tom lance les grilles, je me demandais comment ça allait finir"

"J'ai trouvé l'histoire très belle : l'amitié de Tom et Tony, la confiance qu'ils portent l'un à l'autre. Cette pièce montre ce qui se passe dans la vie de tous les jours : les malentendus entre ami(e)s, les disputes entre couple (...) J'adresse mes félicitations aux acteurs car ils faisaient bien passer les émotions et à vous pour l'écriture de cette magnifique pièce"

"Je n'ai pas du tout apprécié le teaser, après c'est une question de goût mais je n'aime pas trop le rap. Alors déjà le fait que Tom et Tony se rapprochent l'un de l'autre, cela ne m'a pas donné envie de venir"

"La pièce m'a un peu ennuyé car je n'y ai pas trouvé quelque chose qui m'a intéressé"

"J'étais heureux de vous rencontrer et de voir le spectacle qui était mon premier"

"Il y avait plein de choses drôles mais aussi des choses tristes. Ensuite j'ai trouvé des points négatifs comme quand les acteurs sortaient on les voyait et ils ne faisaient rien"

"J'ai apprécié le fait que la fin soit ouverte, il y a plusieurs possibilités, à vrai dire on ne sait pas si Tony a mis fin à ses jours par lui même ou s'il s'est fait agresser, ce qui est intriguant. Chacun peut interpréter la fin comme il l'entend. Cette tragédie m'a plu"

"Je n'aime pas l'idée que les deux enfants n'ont pas de référents, pas d'avenirs et pas de projets"

"J'ai bien aimé l'idée de cacher la tristesse derrière l'humour"

"J'ai aimé votre pièce de théâtre car elle était drôle, amusante et simple (sans décor, juste des bruitages)"

"Je n'ai pas trop aimé car je n'ai pas tout compris"

"J'ai beaucoup aimé le fait que la scène soit vide, ce qui nous permet d'imaginer le décor"

"J'ai aimé le jeu des acteurs, j'avais l'impression d'être à leur place, de ressentir leurs émotions"

"Le langage employé dans cette pièce était agréable puisqu'il était familier sans être grossier ou vulgaire"

"L'histoire de la pièce n'était pas trop difficile à comprendre mais n'était pas simpliste, elle était recherchée, il y avait de la symbolique comme, par exemple, la ratatouille que la mère de Tony achète et fini par faire elle-même ou les grilles qui tombent, représentant à la fois la fatalité et l'emprisonnement de Tom lorsqu'il veut parler"

"La fin ouverte nous permet d'imaginer la suite de la pièce ce que je trouve à la fois frustrant et agréable"

"Je n'ai pas aimé la mort de Tony, le fait qu'il se fait rejeté et agressé pour son homosexualité"

"J'ai bien aimé le côté intriguant de la pièce avec la mort de Tony que l'on ne comprend pas"

"J'ai beaucoup aimé l'extrait du texte que nous avons lu. J'ai trouvé que c'était amusant, ce passage est vraiment bien. ça donnait envie de voir les acteurs jouer cet épisode. (...) Je suis désolé, je ne suis pas allé voir votre pièce car je ne voulais pas. Je trouve que les deux garçons sont trop proches et l'histoire est bizarre car Tony est homosexuel"

"Cette pièce montre bien ce qu'est en réalité le harcèlement, la complicité entre amis, la confiance entre amis et autour de soi. Je sais pas pour les autres mais moi elle m'a beaucoup fait réfléchir"

"Je vous écris pour vous dire que j'ai adoré votre pièce. J'ai trouvé le scénario super. Au début j'ai eu du mal à comprendre les flashbacks, ce qui ne m'a pas empêchée d'être captivée"

"J'ai vraiment adoré cette pièce, le message qu'elle veut faire passer, elle est moderne et captivante"

"Je trouve dommage que Tom ressorte comme méchant alors qu'au fond de lui il est gentil"

"J'aurais préféré connaître la fin de l'histoire. J'aimerais que Tom venge son ami"

"A la fin de l'histoire, Tom doit faire un choix : rester avec la fleuriste ou partir avec Tony. J'ai bien apprécié le fait qu'il ait du choisir et qu'il n'a pu réussir à choisir"

"Je n'ai pas aimé la pièce pour moi les comédiens ne savent pas jouer, j'ai apprécié le sujet un garçon en fugue et un autre seul, rejeté par tous en raison de son homosexualité"

"Je trouve assez intéressant et intelligent d'avoir parlé du harcèlement. J'en ai été moi-même victime et j'espère que les élèves qui rabaissent et démoralisent les autres se rendront compte de leurs erreurs."

"Je sais que vous avez voulu nous faire réfléchir mais ça n'a pas marché... j'étais tellement choqué!"

"Les critiques du public pendant la pièce m'ont déplues et gênée. En revanche, j'ai beaucoup aimé la mise en scène notamment la symbolique des plaques qui font que l'atmosphère est pesante"

"Cette pièce de théâtre est très émouvante, l'histoire entre ces deux jeunes garçons un peu perdus me rend triste en raison du manque de parents et d'amis. La situation de Tony, être rejeté de la société parce qu'il est homosexuel me choque énormément, on est tous égaux!"

"On se rend compte qu'à cause d'un tout petit mensonge, à un moment ou un autre, tout peut s'écrouler autour de nous, sans qu'on l'ait voulu"

* Encore merci de m'avoir reçu dans vos classes, d'être allés voir le spectacle et de m'avoir fait part de vos retours.
A bientôt dans la vraie vie, sur Facebook, au Monoprix, au théâtre, ou ailleurs

Amicalement
Thomas Gornet

PS : oui, on m'a déjà dit que je ressemble à Cyprien. Mais pour être exact, c'est LUI qui me ressemble!!

mercredi 4 juin 2014

endive et sable fin

Je vous l'avais dit, je crois, qu'une compagnie bordelaise avait adapté Qui suis-je? au théâtre. C'est la compagnie les Volets rouges et le spectacle, c'est L'endive au vestiaire.
Et, du coup, le roman s'est trouvé dans le parcours "A la découverte des écritures contemporaines pour le théâtre" de l'IDDAC (agence culturelle de la Gironde).
Dans ce cadre, j'ai rencontré 6 classes de 3ème à Salles, Cestas, Floirac, Peujard et Hourtin, en janvier et en mai.
Des discussions sur le livre, l'écriture, l'adaptation théâtrale et aussi, évidemment, sur le thème du livre.
Pas de jets de tomates ou de hurlements. Il y a même eu un "bah moi mon frère est homo donc c'est normal".
En même temps, juste à l'entrée du collège, il y avait cette affiche:


Et aussi, à Hourtin, deux mises en voix d'extraits du texte. Avec un baiser entre Cédric et Vincent, figuré par un rapprochement des deux têtes des lecteurs derrière leurs feuilles.
Merci aux élèves, aux enseignant-e-s et à Christine!

jeudi 20 février 2014

Baume

Pendant et après "les événements" :

- tu t'es mis sur liste rouge?
- on est là, on a des battes de base-ball, si besoin, hein?
- j'ai acheté ton livre!
- fallait pas répondre, c'est ce qu'ils cherchent!
- j'ai acheté ton livre!
- moi aussi!
- quoi? t'as pas porté plainte?
- heureusement que t'as pas porté plainte, c'est ce qu'il cherche
- j'ai acheté ton livre!
- bon ben là, tu dois gagner des sous, quand même?
- Copé il a dit quoi il a dit quoi?
- ben vous devez être contents, ça a boosté vos ventes!
- j'ai acheté ton livre


Et puis, aussi, des bloggueurs littéraires ont décidé d'en faire une lecture commune ou individuelle. Histoire de spammer le net avec des slips roses et des culottes bleues, en espérant que ça écrasera les liens des zinzins. Qu'ils en soient longuement remerciés ici.

La liste n'est pas exhaustive : Lire oui mais quoi, Le monde de Mirontaine, Bricabook, Accro biblio, Mille et une frasques, Noukette, Au milieu des livres, L'insatiable, D'une berge à l'autre, Cultur'elle, maman baobab, A lire au pays des merveilles, Les livres de dorot'...

mercredi 29 janvier 2014

Obscurités

Il fallait s'y attendre.
Je m'y attendais.
C'est arrivé...

Je vous laisse découvrir les commentaires laissés par -apparemment- une seule et même personne sur le site de la librairie amie "La Soupe de l'espace" concernant "Le jour du slip/Je porte la culotte" que Anne Percin et moi avons publié il y a plusieurs mois...


Cliquez ICI.

Et ma réponse, telle, encore une fois, une bouteille à la mer...


Cher-e-s Veilleur, Rodin, Youssouf et Nicolas
(ou cher Monsieur ou Madame X)

Je crois que je suis fatigué.
Vous me fatiguez.

Vous pensez vraiment que j'écris pour nuire à vos enfants?
Vous pensez vraiment que ça peut être une motivation première pour un auteur?
Mon plaisir, dans la vie, serait de faire le mal en m'attaquant à la racine?
Quel en serait le but, s'il vous plaît?
Détruire la race humaine?
Instaurer la domination et le règne du diable?

Je ne vais pas me justifier ici sur la raison qui m'a poussé, avec Anne Percin, à écrire ce livre.
Puisque vous en êtes la preuve éclatante.

Oui, c'est pour vos enfants que j'écris. En espérant, sincèrement, qu'ils soient aussi droits dans leurs bottes et leurs certitudes que vous.
Sincèrement.
Car si, par hasard, un jour, l'un d'eux se sent animé d'un sentiment différent (un garçon qui aurait envie de jouer à la poupée, une petite fille qui voudrait être camionneuse, un garçon qui aimerait en embrasser un autre... -euh. Vous êtes encore là ou morts d'une crise cardiaque?- Et puis d'ailleurs tout cela est à géométrie variable. Figurez-vous qu'il existe des garçons qui aiment jouer à la poupée et embrasser des filles! Ou des filles qui aiment le rose et les dentelles mais font de la boxe et aiment embrasser des garçons et parfois des filles. Etc.), je pense qu'il aura été bon que mon livre ait fait un passage entre ses mains.


S'il vous plaît, soyez vigilant (tel un Veilleur) aux vraies dangers qui guettent vos enfants qui sont l'ignorance, l'étroitesse d'esprit, le refus d'accepter les différences (car elles existent! ce n'est pas en les niant qu'elles disparaîtront), l'aveuglement quant aux sujets qui peuvent vraiment concerner vos enfants.

Au fond, réfléchissez-y (tel le penseur de Rodin) :


Qu'est-ce qui est le plus dangereux? Votre éducation ou mes mots?


Thomas Gornet

vendredi 24 janvier 2014

Chercher le garçon

Je n'ai pas -encore- d'enfant(s).
Je ne peux donc pas savoir ce que c'est que d'en élever un.
Ce que c'est que de vouloir le protéger du monde extérieur tout en désirant lui donner la force de s'y mouvoir.
Je ne sais pas si j'aurais envie de lui parler de sentiments, de confusions et de désordres.
Je ne sais pas si j'arriverais à lui parler d'amour.
Je ne sais pas si j'arriverais à faire confiance à ses baby-sitters, maîtres et maîtresses et professeurs.
Je crois que j'aurais envie de me l'attacher sur le dos à vie.

Mais j'ai été enfant.
J'ai été adolescent.
Et je sais que j'avais peur de ce que je ne connaissais pas.
J'avais peur de ce qu'on ne m'avait pas montré.
Parfois, même, j'avais peur de moi-même parce que je ne me trouvais pas.
Parce que je n'avais pas vu, autour de moi, des possibles autres moi-mêmes.

J'aurais aimé qu'on me montre du doigt, au loin, mes peurs les plus secrètes.
Qu'on me désigne, là-bas, mes désirs les plus enfouis.
Qu'on me dise "là, tu vois, c'est un chemin possible. et si tu l'empruntes, il n'y aura aucun pièges à loup".


Depuis 2006, j'écris pour l'enfant et l'adolescent que j'ai été.
Je m'écris à moi-même dans l'espoir de soulager rétroactivement cette enfance et cette adolescence incomplètes.
Je me tends la main.
La main que je n'ai pas vue, à l'époque.

Et j'espère que, peut-être, quelqu'un, aujourd'hui, une jeune personne la verra. Et la saisira.
Et se dira :

"
Cette part d'ombre
Cette part de mystère
Cet inconnu, là, devant moi
Ces envies
D'amour, de sombre
De fuite et de pénombres
De joie et de rencontres,
C'est moi, aussi.
"

Chercher le garçon, c'est ça.
C'est dire aux ados qu'on peut parfois avoir envie de tout quitter
C'est leur dire qu'on peut aimer absolument et s'aveugler totalement dans le même mouvement
C'est leur montrer qu'il n'y a pas un seul chemin possible
C'est espérer qu'ils déploient leurs ailes, envers et contre tout
Contre tous ceux qui veulent leur fermer les yeux
Les empêcher de les ouvrir.

PS : Chercher le garçon sera créé le 5 février 2014 à DSN-Dieppe Scène nationale. Et partira en tournée jusqu'en mai 2014.
J'ai su, il y a quelques jours, que plusieurs familles d'une même classe de collège que leur professeur envisageait d'emmener au spectacle s'y opposent vigoureusement. La raison principale de leur refus est que, au vu des teasers, le spectacle a l'air trop ambigu, sombre, voire pervers. Et que la fonction principale de l'art est de divertir.


**thomas

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